
Raphaël Pirro
1 avr. 2026
OTTAWA | Le Bloc Québécois accuse le gouvernement Carney d’agir de manière « autoritaire » pour mener à terme le projet de train à grande vitesse Alto, qui doit traverser la circonscription de Terrebonne, où l’enjeu est au cœur des débats en vue de l’élection partielle du 13 avril.
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Après Pierre Poilievre hier, Yves-François Blanchet s’est emparé du dossier pour y apposer des conditions à l’appui de son parti.
À Terrebonne avec sa candidate Nathalie Sinclair-Desgagné, le chef bloquiste s’est présenté avec une affiche du corridor à l’étude par Alto. « TERREBONNE » y apparaît en majuscules.
« On est contre la dérive, ou relent, autoritaire qui est celle qui est utilisée et qui va affecter singulièrement un nombre important de propriétaires dans Terrebonne », a déclaré le chef bloquiste Yves-François Blanchet.
Le projet Alto avoisine les 1000 kilomètres de rails clôturés entre Québec et Toronto, avec des arrêts à Trois-Rivières, Montréal, Laval, Ottawa et Peterborough.
Le promoteur évalue actuellement que le projet devrait coûter au maximum 90 milliards $, mais un rapport d’expert de McGill suggère un minimum de 100 milliards $.
Un mégaprojet à grande vitesse
Le Parlement a adopté en mars la loi omnibus C-15 qui contient d’importantes dispositions pour contourner les règles habituelles régissant le développement de grands projets d’infrastructures afin d’accélérer le projet de TGV.
Entre autres choses, la loi C-15 confisque des recours aux propriétaires terriens contre les expropriations et supprime le rôle d’analyste indépendant de l’Office des Transports du Canada.
En entrevue au Journal la semaine dernière, le sénateur Claude Carignan accusait Ottawa d’avoir glissé une « pilule empoisonnée » dans son projet de loi, accusant le fédéral et Alto de devenir « juges et parties », a déploré le sénateur Claude Carignan au Sénat jeudi.
« Les pouvoirs d’expropriation sont sommaires et les avis peuvent être envoyés par courriel et ils sont tout à fait valides au sens de C-15 », a lancé M. Blanchet mercredi.
La candidate Sinclair-Desgagné a souligné que « c’est plus de la moitié de la circonscription qui est touchée ».
Le Bloc affirme que son appui au projet est « conditionnel » à ce qu’il y ait de « vraies consultations publiques », « de vraies ententes de gré à gré avec les propriétaires des terrains » et « une évaluation indépendante des impacts environnementaux et des coûts globaux du projet ».
Le chef conservateur Pierre Poilievre a annoncé hier que son parti s’opposait carrément au TGV, une « monstruosité », et qu’il l’annulerait s’il prenait le pouvoir.
Les libéraux sur la défensive
Selon le ministre des Transports, Steven MacKinnon, le TGV « augmentera le PIB de 35 milliards de dollars par année, créera plus de 51 000 emplois bien rémunérés et aidera les Canadiens à travailler, étudier et voyager plus efficacement ».
De son côté, le p.-d.g. d’Alto, Martin Imbleau, a avancé le chiffre de 25 milliards $ par année et souligne que 50 000 emplois en construction seront créés pendant les cycles de construction.
Par ailleurs, l’étude de McGill indique que 85 % des répondants voyaient le projet d’un bon œil du point de vue économique et culturel. Les auteurs de l’étude ont cependant inclus uniquement les résidants des villes où seraient construites les gares.
Après des décennies d’études tablettées et de tergiversations, le projet de TGV a été officiellement lancé il y a un peu plus d’an par l’ancien premier ministre Justin Trudeau.
La date de livraison pour le premier tronçon, entre Montréal et Ottawa, est prévue pour 2035.
