
Sébastien Tanguay
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Le gouvernement « croit » encore « ardemment » au Projet structurant de l’Est (PSE), mais ignore comment financer la facture de 18 milliards de dollars accolée au tramway envisagé sur 31 kilomètres. Pendant ce temps, la population de l’est de Montréal désespère de voir se réaliser cette promesse faite en 2018 et qui, selon plusieurs, ne montre plus signe de vie.
Le PSE n’est pas mort, mais plutôt en phase d’« optimisation », a indiqué mercredi le ministre des Transports et de la Mobilité durable, Jonatan Julien. « Je discute avec différents maires et mairesses et on travaille actuellement pour le bonifier, parce que 18 milliards, c’est assez dispendieux, a-t-il souligné. On pense qu’on peut améliorer l’efficience. »
Le PSE a changé de mouture à plusieurs reprises depuis l’accession de la CAQ au pouvoir. Le train léger envisagé par La Caisse en 2020 entre le centre-ville de Montréal et Pointe-aux-Trembles a cédé le pas à un train léger souterrain de 36 milliards de dollars présenté en 2023 par l’Autorité régionale de transport de Montréal (ARTM), pour finalement aboutir à sa version actuelle, soit un tramway de 31 km circulant jusqu’à Repentigny, dont le coût initial de 13 milliards de dollars a bondi à 18 milliards depuis 2024.
« Je trouve ça cher », a confié le ministre Julien mercredi. Au point où le gouvernement envisage maintenant différentes « structures de financement », parce que, « dans le contexte actuel des finances publiques, ça devient hypercomplexe d’envisager ça », a souligné M. Julien.
« Comment on le finance ? s’est-il interrogé. Est-ce que c’est juste du [Plan québécois des infrastructures] ? Est-ce qu’on y va avec des partenaires ? Est-ce qu’on y va avec la Banque des infrastructures du Canada ? »
Critiques de l’opposition libérale
C’est Mobilité Infra Québec (MIQ) qui aura le mandat de fournir des réponses à ces questions. La nouvelle agence, entrée en fonction en janvier dernier, « a toute l’expertise » pour bonifier le projet, assure Jonatan Julien.
Encore faut-il que le gouvernement lui en confie officiellement le mandat. L’idéatrice de MIQ, Geneviève Guilbault, avait annoncé que l’agence inaugurerait sa mission avec le dossier du Projet structurant de l’Est. Or, cette dernière a maintenant la responsabilité du tramway de Gatineau et attend le décret gouvernemental pour se pencher sur le PSE.
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Les libéraux ont accusé mercredi le gouvernement d’avoir « trouvé toutes les manières possibles d’acheter du temps » avec le PSE. Au Salon rouge, le député de Nelligan, Monsef Derraji, a brandi les procès-verbaux caviardés des rencontres tenues au MIQ jusqu’à présent. « Sur six procès-verbaux, une seule fois, ils ont parlé du PSE. Une seule fois », a tonné le député libéral. Selon l’élu, qu’un chantier de telle ampleur ne tienne que sur 13 lignes dans un procès-verbal d’octobre dernier démontre le manque de sérieux de la CAQ à l’égard de sa promesse.
Un échéancier présenté en mars 2025 dans la « stratégie d’approvisionnement PSE » prévoyait la qualification des candidats pour l’appel de propositions « au début 2026 ». Or, à ce jour, aucun appel d’offres n’a encore été lancé. Le gouvernement défend néanmoins sa gestion. « On y travaille, il y a un consensus. On va déposer un projet », a assuré Jonatan Julien.
