
Jeanne Corriveau
12 févr. 2026
La sous-traitance n’est pas le remède aux problèmes financiers des sociétés de transport et risque même de réduire la fiabilité des réseaux et la qualité du service, estime l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dans une étude rendue publique ce jeudi.
En 2023, Québec avait commandé des audits de performance des sociétés publiques de transport, aux prises avec d’importants déficits. Dans un rapport publié l’année suivante, la firme Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT) avait formulé plusieurs recommandations afin de dégager des économies récurrentes estimées à 346 millions par année.
Elle suggérait notamment aux sociétés de transport de confier certains services au privé, comme le fait Exo avec son service d’autobus, qui est assumé par un fournisseur. La firme avait fait valoir que la rémunération des chauffeurs de bus des fournisseurs privés était inférieure à celle des chauffeurs du secteur public ; le recours à la sous-traitance était donc susceptible de permettre des économies de 72 millions de dollars aux sociétés de transport, soulignait-on.
Effets sur la qualité du service
Colin Pratte, chercheur à l’IRIS, juge toutefois que l’audit réalisé par RCGT comporte des lacunes, car il ne tient pas compte des effets potentiels de ses recommandations sur la qualité du service. Colin Pratte a donc analysé les ruptures de service et le taux de satisfaction de la clientèle des 10 principales sociétés de transport du Québec.
Exo est la seule société de transport à sous-traiter l’entièreté de son service d’autobus, mais elle est moins performante quand on examine le nombre de ruptures de service et la satisfaction des usagers, a constaté le chercheur. « Le rapport de Raymond Chabot érigeait le modèle d’Exo, qui est une sous-traitance entière, comme un idéal à suivre et à répliquer chez les autres sociétés de transport. Mais cette conclusion-là a été formulée sans égard à la dimension cruciale de la qualité des services », estime Colin Pratte.
Exo affiche le coût par kilomètre le plus bas parmi les 10 sociétés de transport. Mais à la lumière de données obtenues grâce à la Loi sur l’accès aux documents auprès des sociétés de transport, M. Pratte a notamment constaté qu’Exo affichait un taux de ruptures de service deux fois supérieur à celui de la Société de transport de Montréal (STM) et près de trois fois plus important qu’à la Société de transport de Laval (STL). En 2022 et 2023, le manque de personnel chez Exo a été la cause principale de ces ruptures de service.
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M. Pratte a également examiné le volume de plaintes des usagers. Exo affiche le nombre le plus élevé de plaintes reçues par 100 000 embarquements. Dans les cinq plus récentes années étudiées, le taux de plaintes reçues par Exo a été quatre fois supérieur à celui des sociétés de transport de la région métropolitaine, souligne-t-il. « Donc, si on suivait aveuglément la recommandation d’accroître le rôle du secteur privé dans les services de transport en commun, on se retrouverait avec une crise de la fiabilité du service. »
Il y a deux semaines, Exo a annoncé l’abolition de 73 postes dans le cadre d’un exercice de compressions. « C’est un service qui bat déjà de l’aile », note le chercheur.
Colin Pratte juge la situation d’Exo d’autant plus préoccupante qu’il s’agit d’un service desservant les banlieues, où le taux de voitures par habitant est particulièrement élevé. « C’est l’inverse qu’on devrait voir : c’est-à-dire des banlieues qui peuvent compter sur une offre de transport en commun étendue et de qualité afin de concurrencer l’automobile. »
Le chercheur de l’IRIS s’est aussi intéressé à une autre recommandation de l’audit de RCGT, qui suggérait aux sociétés de transport d’accroître la sous-traitance pour les activités d’entretien non liées à la prestation de service afin de dégager des économies. Or, souligne M. Pratte, la vérificatrice générale de la Ville de Montréal en était venue à la conclusion contraire dans son rapport publié en 2025. Celle-ci avait observé une baisse de la remise à neuf de pièces d’équipement d’autobus à l’interne, ce qui avait fait grimper les coûts pour la STM.
