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L’UPA s’oppose maintenant au TGV d’Alto et n’exclut pas des contestations judiciaires

Raphaël Pirro

28 mars 2026

OTTAWA | Craignant des expropriations à grande échelle et un processus trop expéditif, l’Union des producteurs agricoles (UPA) affirme maintenant son opposition totale au projet de train à grande vitesse (TGV) Alto et n’exclut pas une contestation judiciaire. 

« Au tout début, on voulait juste qu’on suspende le projet en attendant plus d’informations, mais avec la vitesse accélérée, on s’est dit OK, il va falloir s’y opposer parce qu’ils veulent nous passer dessus comme une machine, même si tu ne veux pas », explique en entrevue le président de l’UPA, Martin Caron. « On est en train de brimer les droits des producteurs et des propriétaires. »


Le promoteur Alto mène actuellement des consultations publiques pour peaufiner le tracé final du TGV, qui devrait être décidé avant la fin de l’année. Le TGV Alto doit relier la ville de Québec et Toronto avec des arrêts à Montréal, Trois-Rivières, Ottawa et Peterborough.

Photo Francis Halin

« Une pilule empoisonnée »

Sans crier gare, le Parlement a adopté cette semaine une mesure pour retirer des recours aux propriétaires fonciers et concentre davantage le pouvoir du fédéral dans le but d’accélérer le projet.

Concrètement, Ottawa efface le rôle de l’Office des transports du Canada (OTC), qui depuis toujours est responsable d’analyser les tracés de grands projets de manière indépendante. Avec l’adoption de la loi C-15, le tracé sera considéré comme automatiquement approuvé par l’OTC.

« Le ministre des Transports et le promoteur Alto deviennent alors juges et parties », a déploré le sénateur Claude Carignan au Sénat jeudi.

Le gouvernement Carney a inséré cette mesure dans une vaste loi budgétaire qui contient une foule de choses, une loi dite « omnibus ».

Cette façon de faire complique la vie des sénateurs, mais permet au gouvernement de faire passer des choses qui peut-être ne passeraient pas autrement.

En entrevue, le sénateur Carignan dit que « c’est pas parce que c’est un train à grande vitesse que tu dois faire ça à grande vitesse ».

« Le gros élément pour moi, c’est que dans une disposition sur le budget qui contient des éléments positifs pour les Canadiens, on introduit une pilule empoisonnée pour certaines personnes en leur enlevant des recours, alors qu’eux ne savent même pas qu’ils vont être affectés », a-t-il souligné au Journal.

Des recours possibles

Le tracé à l’étude actuellement est long de 1000 kilomètres et large de 10 kilomètres en certains endroits. Martin Caron perçoit une poussée d’anxiété chez les agriculteurs dont le territoire tombe sous ce vaste corridor qui, au Québec, longe la rive nord du Saint-Laurent.

MONTAGE LE JOURNAL

« Notre ferme, c’est notre vie. Ce sont nos familles ancestrales qui étaient là. Ça a une valeur, ça. L’émotion ressort présentement. J’ai eu des gens de Mirabel qui sont venus me parler. Leurs grands-parents avaient vécu ça, il a fallu qu’ils déménagent dans d’autres régions, même si leurs terres n’ont finalement jamais servi pour l’aéroport. »

Celui-ci n’exclut pas d’épauler les agriculteurs pour utiliser le seul recours qu’il leur reste : celui des tribunaux fédéraux.

« Nos producteurs, individuellement, n’auront pas les moyens de prendre des avocats pour essayer de se défendre. Nous, au niveau de l’organisation, c’est sûr qu’on va accompagner nos producteurs là-dedans. On ne les laissera pas aller. »

Dans une déclaration écrite, Alto dit souhaiter « poursuivre un dialogue ouvert et constructif avec l’UPA » et se dit « conscient qu’il entraîne également des enjeux pour les milieux riverains ».

« C’est exactement pourquoi une collaboration avec les municipalités, les associations et les acteurs du milieu agricole est essentielle. On souhaite travailler ensemble afin de limiter les impacts et prévoir les compensations justes et adaptées. »

© 2025 Association pour le transport collectif de Laval.

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